Mounouna Foutsou Et La Mobilisation Pour La Jeunesse
David Ketem, Chef de la Cellule de Communication du MINJEC, a assuré la présentation et la conduite de cette cérémonie. L'hymne national a marqué le lancement officiel de cette table ronde qui met la jeunesse au cœur des priorités de l'action gouvernementale. Rien d'inhabituel jusque-là, ce genre de cérémonie suit toujours le même protocole.
Le Représentant du Système des Nations Unies au Cameroun a ouvert la phase des allocutions. Il a salué la vision du Gouvernement camerounais en faveur de la jeunesse et félicité le Ministère de la Jeunesse et de l'Éducation Civique, ainsi que les différents départements ministériels, pour l'adoption de cette Politique Nationale de la Jeunesse 2025-2035. Il a insisté sur la nécessité de mobiliser les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé, la société civile et les organisations de jeunesse pour que cette politique ne reste pas un texte de plus dans un tiroir.
Le représentant onusien a rappelé un chiffre qui structure tout le débat, plus de 60% de la population camerounaise a moins de 25 ans. Pour le Système des Nations Unies, cette réalité démographique doit devenir une opportunité et non un fardeau. Cela suppose des investissements conséquents dans l'éducation, le développement des compétences, l'emploi, l'entrepreneuriat, la santé, les droits et la gouvernance. On attendait ce genre de discours, mais le fond du propos reste juste, difficile de le contester.
Le Plan Jeunesse 2025-2030 repose sur quatre piliers. L'éducation et la formation. L'emploi et l'insertion économique. La participation, la santé et le bien-être. Et enfin la gouvernance institutionnelle. Le tout pour un budget global de 386,1 milliards de FCFA, une enveloppe qui devra être confirmée par des engagements concrets des partenaires présents.
Le MINJEC a insisté sur le développement des compétences, l'employabilité, l'entrepreneuriat et l'innovation, notamment dans le numérique, les STEM, l'agriculture et les métiers d'avenir. Il a aussi mis en avant le renforcement de l'éducation civique, du volontariat et du patriotisme, ainsi que l'accès des jeunes aux services sociaux, à la santé, au sport et à la culture.
Mounouna Foutsou, le Ministre de la Jeunesse et de l'Éducation Civique, a lancé un appel direct aux partenaires techniques et financiers. Il souhaite que la table ronde débouche sur des engagements concrets, des partenariats structurants, des financements additionnels et des mécanismes durables de coopération. Un mécanisme de suivi des recommandations sera mis en place afin de garantir la redevabilité, la transparence et l'évaluation des partenariats. C'est le genre de promesse qu'on entend souvent. Reste à voir si elle sera tenue.
Paul Tasong, Ministre Délégué auprès du Ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire, a présidé la cérémonie. Il a salué la mobilisation des différents acteurs autour de la promotion du capital humain et de la réponse aux aspirations de la jeunesse camerounaise. Un discours attendu, dans la lignée de ce que le gouvernement répète depuis plusieurs années sur le sujet.
Le Secrétaire Général du MINJEC, Zachée Robert Théophile Benga, a présenté les axes de la PNJ et les priorités du Plan Jeunesse. Cinq grands piliers structurent l'ensemble. Les compétences et l'employabilité, avec un accent sur l'insertion professionnelle, l'entrepreneuriat et la mobilité économique de la diaspora. Les opportunités économiques, pour favoriser l'accès des jeunes aux mécanismes de création de richesses. La citoyenneté et la participation, avec l'engagement communautaire et l'intégration nationale. La résilience et le bien-être, incluant les compétences vertes et l'adaptation au changement climatique. Et la gouvernance et l'approche jeune, qui vise une meilleure identification des jeunes et une coordination renforcée entre les acteurs.
Pour la mise en œuvre, plusieurs leviers ont été identifiés. Le financement, l'assistance technique, l'innovation, les études structurantes, le renforcement des capacités et le co-investissement public-privé. Le Secrétaire Général a proposé la désignation de points focaux chargés d'assurer l'interface entre les acteurs de l'écosystème. Une bonne idée sur le papier, mais dont l'efficacité dépendra largement de son application sur le terrain.
Alphonse Tankeng, Directeur des Études et des Projets au MINJEC, a présenté la Plateforme pour la Promotion de la Jeunesse du Cameroun. Elle se veut un cadre de dialogue et de concertation entre le Gouvernement, les partenaires au développement, le secteur privé, la société civile et les acteurs engagés en faveur de la jeunesse. Cette phase constitue un espace privilégié pour identifier les opportunités de collaboration et dégager des pistes d'actions concrètes.
Trois panels, plusieurs bailleurs, un même messageLe premier panel a porté sur le développement du capital humain des jeunes à travers l'éducation, les compétences et la formation. Il a été modéré par Gaëlle Melono, représentante du Conseil National de la Jeunesse du Cameroun. Cette session a réuni l'UNESCO, l'Union européenne, la GIZ et l'UNICEF, tous engagés aux côtés du Gouvernement dans la promotion de l'éducation et de l'employabilité.
Les échanges ont porté sur le renforcement de l'accès des jeunes à une éducation de qualité, le développement de compétences adaptées au marché du travail et une meilleure adéquation entre formation et insertion professionnelle. Cette démarche repose notamment sur un meilleur matching entre les compétences disponibles et les opportunités d'emploi. L'objectif est clair, passer d'une logique de formation qui prépare au diplôme à une logique de formation qui prépare à l'emploi.
Le deuxième panel s'est concentré sur l'accélération de l'insertion socio-économique des jeunes, avec la mobilisation des investissements et des partenariats pour l'emploi, l'entrepreneuriat et l'autonomisation économique. Micheline Atanga, Conseiller technique numéro un au MINJEC, a modéré ce panel qui a réuni la Banque mondiale, la Banque Islamique de Développement, le PNUD, l'OIT et l'AUF.
Le représentant de la BID a présenté différents instruments financiers innovants. Le financement du secteur privé pour les jeunes porteurs de projets. Le financement axé sur les résultats, qui lie les ressources à l'impact réel des initiatives. Le financement islamique et les modes participatifs ont aussi été cités. Deux programmes sont en cours pour des co-financements intégrant la digitalisation et la promotion de l'employabilité, aussi bien des femmes que des jeunes.
Le PNUD s'est engagé à continuer d'encourager l'innovation technologique des jeunes, avec un accent sur la formation et la promotion de l'entrepreneuriat. L'inclusion des jeunes reste son principal leitmotiv, un engagement constant selon son représentant.
L'AUF a mis en avant ses Centres d'employabilité francophone au sein des universités de Yaoundé et Ngaoundéré. Ces structures sont organisées en pôles, préparation à l'emploi, certifications, et intègrent des laboratoires de fabrication numérique. Un fablab mobile existe à l'université de Ngaoundéré, il mène des campagnes itinérantes de formation. Les clubs d'étudiants francophones sont également appuyés au niveau de la structuration.
Le troisième panel a porté sur la construction d'une jeunesse résiliente et inclusive, avec le renforcement des partenariats pour la santé, la participation citoyenne et la cohésion sociale. Soulaymanou Youssoufa, de l'UNFPA, a modéré cette session qui a réuni l'OIM, l'UNICEF, l'UNFPA et Plan International Cameroon.
(( Notre ambition est de s'assurer que l'ensemble des personnes en mobilité puissent accéder aux mécanismes de formation, d'emploi, de développement local, d'inclusion )), a indiqué Abdel Rahmane Diop, Chef de Mission de l'OIM. Il a cité plusieurs modalités d'accompagnement, intégrer la mobilité humaine dans les politiques publiques, renforcer les parcours d'insertion et de résilience, faire des jeunes des partenaires de développement à travers leur participation à la prise de décision, et inscrire la jeunesse et la mobilité dans une dynamique régionale.
L'UNICEF a insisté sur la création de conditions d'accès aux opportunités, avec la mise sur pied des conseils municipaux jeunes pour donner de l'espace aux jeunes et les engager dans la mise en œuvre des projets. L'organisation a aussi souligné l'importance que les jeunes eux-mêmes maîtrisent la Politique Nationale de la Jeunesse, pour faciliter son évaluation future.
Pour l'UNFPA, trois leviers ont été présentés. La santé, avec l'accompagnement pour l'accès aux services de santé et de bien-être, incluant la santé de reproduction et la lutte contre les drogues. Le renforcement des plateformes de jeunes, y compris numériques. Et la lutte contre les violences basées sur le genre. L'accès à l'information et à l'éducation ainsi que la participation citoyenne complètent ce triptyque, avec la mention du Plan d'Action National Jeunesse Paix et Sécurité.
Plan International Cameroon a présenté des chiffres concrets. Dix-sept ministères interagissent avec l'organisation. 327 jeunes sont enregistrés dans sa plateforme d'engagement. Plan Cameroon accompagne aussi les Jeux Nationaux de la Citoyenneté, avec un plaidoyer pour les étendre en Afrique centrale et de l'Ouest, et octroie une centaine de stages par an aux jeunes camerounais.
Des mots forts, et une invitation à passer aux actesMounouna Foutsou a lancé un appel pressant aux partenaires. (( Chers partenaires, enregistrez-vous à l'ONJ. Elle est là pour recueillir vos offres à l'endroit des jeunes )), a-t-il déclaré, faisant référence à l'Observatoire National de la Jeunesse, cet outil censé mutualiser les ressources en faveur de la jeunesse camerounaise.
La synthèse des travaux a été présentée par Marcel Mongbet. Le Représentant du Système des Nations Unies a résumé l'esprit de la journée en une phrase, (( Nous avons à cœur le futur de ce pays )). Il a réitéré l'engagement onusien auprès du Gouvernement camerounais, (( Nous sommes ici pour travailler avec vous. ))
Le Ministre Mounouna Foutsou s'est dit satisfait des échanges. (( Je suis un médecin de famille heureux )), a-t-il lancé, avant d'ajouter, (( Je serai plus heureux si l'on parvient à l'autonomisation de cette jeunesse. )) Il a remercié toutes les parties prenantes et invité les leaders jeunes présents à devenir des relais de cette politique auprès de leurs pairs. (( Rien n'est fait pour les jeunes sans les jeunes )), a-t-il rappelé, une formule qui résume assez bien l'esprit revendiqué de la démarche.
Paul Tasong a salué la solidarité gouvernementale observée durant ces travaux, (( Government works like one body )). Il a insisté sur l'importance de résoudre les problèmes des jeunes, qui représentent la majorité démographique du pays. (( Régler les problèmes des jeunes, c'est donc régler les problèmes de la grande majorité )), a-t-il affirmé. Il a encouragé les jeunes à se tourner vers les guichets de financement avec des projets pertinents, avant de déclarer clos les travaux de cette table ronde sur une note de satisfaction généralisée.
Reste que la vraie question, celle que tout le monde évite soigneusement de poser à voix haute pendant ces cérémonies, c'est de savoir combien de ces 386,1 milliards annoncés se transformeront réellement en emplois, en formations et en projets financés d'ici 2030. Les tables rondes se succèdent, les partenaires signent des intentions, mais le chômage des jeunes reste une réalité tenace dans les rues de Yaoundé comme de Douala. Le signal envoyé ce mardi est positif, on ne peut pas le nier. Mais le vrai test se jouera dans les mois qui suivent, sur le terrain, loin des estrades et des micros.
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✍️ À propos de l'auteur Alain-Claude NdomJournaliste pour 237online, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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